Dieu est Amour

Si vous dites que vous aimez Dieu, et c’est Dieu vous aime, mais vous n’aimez pas les autres, les prochains, tous et toutes ceux et celles qui sont autour de toi malgré leur religion, leur foi, tu es un menteur. Le Dieu que tu aime, qui est-il sinon le Menteur, le Satan?

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30
avr 2010
Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans. Des repères pour comprendre
Posté dans Dialogue par quangminh à 8:28 | Pas de réponses »


François JOURDAN, Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans. Des repères pour comprendre, L’Œuvre, Paris, 2008 (207p.).

Recension faite par Henri de La Hougue, le 16 janvier 2008

Le livre de François Jourdan [1] , Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans, Des repères pour comprendre, a pour but d’aider des chrétiens et des musulmans engagés dans une relation ou désireux de s’y engager, de clarifier les ambiguïtés ou les confusions liées à une mauvaise connaissance des doctrines respectives.

- Depuis quelques décennies, les chrétiens et les musulmans se sont engagés avec générosité dans un dialogue basé sur une expérience commune de vie, mais cela a conduit progressivement à masquer les désaccords doctrinaux qui séparent les deux communautés. Or si le dialogue veut aller plus loin que les relations amicales, il doit aborder ces différences : musulmans et chrétiens doivent être « d’accord sur leur désaccords ». L’acceptation de l’altérité est le seul vrai chemin de respect.

Cette conviction conduit François Jourdan, dans une première partie, à dénoncer et corriger quelques idées, selon lui erronées et largement répandues parmi ceux qui s’engagent dans le dialogue islamo-chrétien, ou encore quelques images de l’islam véhiculées dans la société française. Dans une deuxième partie, l’auteur revient, de manière plus précise, sur les différences entre la conception coranique et la conception biblique de la révélation. Cela l’amène à rejeter l’idée d’un arbre généalogique unique d’où partiraient les trois grands monothéismes, comme si les uns et les autres avaient sur Dieu, sur la révélation et sur les autres, la même conception. Lorsque les musulmans disent reconnaître les deux autres religions, ils n’en reconnaissent en réalité que leur propre conception, dans laquelle, ni les juifs, ni les chrétiens, ne peuvent se retrouver. Pour cette même raison, il est impossible, aux yeux de l’auteur, qu’un chrétien reconnaisse Muhammad comme un prophète ou encore l’islam comme une religion révélée. Dans une troisième partie, François Jourdan aborde quelques dossiers plus techniques, mais important dans sa logique de clarification : le premier concerne le nom coranique de Jésus, ‘Isâ, qui ne correspond pas au nom arabe traditionnel, Yasû’, mais qui renverrait en fait à Esaü, figure négative des chrétiens dans le judaïsme des premiers siècles. Le deuxième concerne le lien entre Saint Paul et l’Église : les textes polémiques juifs, puis musulmans ont souvent considéré que Paul était le véritable fondateur de l’Église, ce qui avait eu pour conséquence une déformation du message originel de Jésus et de ses compagnons. Le troisième dossier est bâti autour d’un schéma dans lequel l’auteur essaie de situer les grandes traditions religieuses, non plus en cherchant une origine commune, mais en prenant en compte leur perception de la transcendance et de l’immanence, ainsi que leur rapport d’immédiateté ou d’infinité avec la divinité. Le quatrième dossier est presqu’une conclusion : il essaie de voir comment un dialogue islamo-chrétien, où chacun se situe dans une logique spécifique, sans essayer de cacher ses différences, peut être fécond. En annexe, on trouve des ensembles de citations qui viennent illustrer les propos du livre.

- François Jourdan s’est surtout attaché dans ce livre à aborder le dialogue sur un plan doctrinal, avec la conviction que les différences entre chrétiens et musulmans ne sont pas suffisamment soulignées, tant dans les lieux habituels de rencontre islamo-chrétienne où les relations trop affectives entraînent une peur de blesser l’autre, que dans de nombreux écrits chrétiens sur l’islam. Il dénonce avec raison les sources de confusion liées à des niveaux de compréhension différents du même vocabulaire : la notion de prophétisme, de révélation ne signifient pas la même chose pour un chrétien et un musulman ; l’expression souvent entendue « religions du livre » n’est pas adéquate pour parler du judaïsme et encore moins du christianisme ; l’image d’un tronc commun des trois religions ne peut pas rendre compte de ce qu’est chaque religion. La deuxième partie donnera des repères précieux pour comprendre certaines différences de fond entre la révélation chrétienne et coranique. Il est certain qu’un véritable dialogue ne doit pas masquer, ni même négliger l’importance de ces divergences fondamentales.

- Cependant, la lecture du livre laissera certains lecteurs mal à l’aise pour plusieurs raisons.

D’abord pour des questions de méthodes. La première partie, même si elle veut sortir les lecteurs de l’ambiguïté n’échappe pas à une tonalité polémique. Les paragraphes sont souvent une juxtaposition de citations sorties de leur contexte qui servent à appuyer l’argumentation de l’auteur, mais elles ne cherchent jamais à resituer la citation en fonction de l’ensemble de ce qu’a pu dire l’auteur (c’est typique pour Jean-Paul II) ou en cherchant à comprendre de manière bienveillante la problématique de l’auteur (ce qui est le cas pour les citations de Geffré). Bien que François Jourdan prétende traiter chaque tradition selon sa propre cohérence (p.89), la révélation coranique n’est pas expliquée dans une logique musulmane, mais souvent de manière négative, à partir de la conception chrétienne de l’auteur. Peu de musulmans s’y retrouveront. Tout au long du livre, on trouve d’ailleurs de petites incises négatives qui finalement contribuent à donner, à la fin, une image assez négative de l’islam : « Cette conception [Dieu est sauveur, amour, et fait alliance avec les hommes] est choquante pour l’islam car Dieu y est d’une transcendance ombrageuse, tel un tuteur surplombant tout ce qui n’est pas lui, radicalement séparé de toute créature et attendant de l’homme qu’il se rende à lui ; c’est le sens du mot arabe muslîm traduit par « musulman » ou « soumis » (p.33) » ; « En réalité le mal est profond (p.68) » ; « Quelle consistance peuvent avoir les hommes devant Dieu, et les non musulmans devant les musulmans ? (p.95) » ; « Et l’islam qui, pour Dieu est la religion, la religion « immuable », tend à être à son tour tutelle sur tout ce qui n’est pas musulman : supplanter toutes les religions et rejeter qui veut un autre culte (p.95) » ; « Pour l’islam la transcendance ombrageuse du Dieu tuteur fait que la révélation est conçue comme extérieure à l’homme (p.96) »… Des éléments positifs y sont notés p.179, lorsque l’auteur invite les chrétiens à partager ce qui est bon avec les musulmans, mais ce n’est jamais dans leur perception de Dieu, comme si l’hospitalité, l’accueil, l’attention aux choses religieuses était sans aucun lien avec leur doctrine. C’est d’ailleurs sans doute là une autre limite du livre : il cloisonne la foi en deux parties indépendantes : la doctrine d’un côté et ce qui est vécu de l’autre. La doctrine de l’islam est toujours vue indépendamment de la vie des musulmans, sous le prétexte d’aborder enfin l’islam pour lui-même et non en se réfugiant derrière la diversité de ses interprétations.

Beaucoup d’affirmations manquent également de nuances : la dénonciation de l’idée selon laquelle « il ne faut pas donner l’impression de critiquer l’islam car c’est de l’islamophobie » est explicitée par les attentas islamistes de Londres (p.72-73), comme si les deux choses étaient directement liées. Face au rappel fréquent de la toute puissance de Dieu et de la prédestination, la responsabilité de l’homme dans l’islam n’est jamais évoquée, alors que la plupart des écoles théologiques reconnaissent une vraie liberté à l’homme d’accepter ou de ne pas accepter la charge confiée par Dieu (p.94). La présentation du rejet du soufisme dans l’islam ne rend compte ni de la réalité très forte de l’islam confrérique dans le monde, ni des enjeux qui ont aboutit à la condamnation mentionnée des soufis (p. 74-75). De même, peut-on vraiment dire que « en islam, la révélation ne concerne pas Dieu qui demeure impénétrable (Sr 112) (p.96) » ? Le concept de révélation dans le christianisme est en fait comparé au concept de la révélation dans l’islam, sans que l’auteur cherche à entrer dans la cohérence musulmane de la révélation coranique…

Par rapport à la révélation chrétienne, Claude Geffré est beaucoup critiqué mais l’auteur ne cherche pas à entrer dans la problématique de Claude Geffré pourtant essentielle : tout en préservant la spécificité de la foi chrétienne, que dire de l’action de l’Esprit Saint présente dans les autres religions, non seulement dans leurs aspirations fondamentales, mais aussi dans leurs initiatives, leurs cultures et leur religions (Cf. Redemptoris Missio 28-29) [2] ? Comment rendre compte de l’affirmation répétée des textes du Magistère d’une relation spécifique qui unit la foi chrétienne avec la foi juive et la foi musulmane, au point que Paul VI utilise deux fois l’expression « une foi commune [3] » au Dieu unique , que Jean Paul II affirme aux musulmans que « nous pouvons nous appeler, au vrai sens des mots, frères et sœurs dans la foi en le seul Dieu [4] » et que dans la plupart des discours pontificaux adressés aux musulmans, Jean-Paul II utilise le « nous » inclusif, se situant lui-même dans une démarche commune avec les musulmans. On peut n’être pas d’accord avec la formulation de Claude Geffré (« non pas la Parole de Dieu, mais une Parole de Dieu qui m’interpelle dans ma foi »), mais à condition d’aborder de fait la problématique dans toute sa complexité, ce que l’auteur ne fait pas.

- Faut-il finalement bannir de notre langage : « Nous avons le même Dieu » (p.33) ? C’est vrai que l’expression est porteuse d’ambigüités et qu’il conviendrait d’en préciser les traits communs, mais dans la perspective « de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes », les chrétiens n’ont-ils pas pour tâche de regarder « d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destinée » ? (Nostra Aetate 1) N’est-il pas possible, tout en disant la spécificité de la foi chrétienne de regarder avec une haute estime la foi des musulmans (ce qu’ils confessent et ce qu’ils vivent étant liés) ?

Henri de La Hougue

REPONSE DE FRANCOIS JOURDAN A HENRI DE LA HOUGUE ET A SES REPETITEURS, le 26 mai 2008

Beaucoup, voulant rester naïfs mais ne sachant comment répondre à mon livre, se contentent de reprendre la recension de Henri de La Hougue présente sur internet (Google) depuis plusieurs mois à la rubrique du titre de mon livre « Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans ». Le cas est patent de la part de la journaliste de La Croix, Martine de Sauto, le 7 février 2008 en page 13 où l’on reconnaît les mots mêmes de H. de La Hougue ; on a l’impression qu’elle n’a pas même ouvert le livre. Mais beaucoup se réfugient dans cette recension qui est une habile construction de coquilles vides, de soupçons non étayés, de procès d’intention. Comment un professeur à l’Institut Catholique de Paris peut-il travailler sans preuves et par allégations. Ce n’est pas du bon travail que de critiquer sans appui : tout le monde peut le faire mais ce n’est pas sérieux. Il me reproche un « mal à l’aise » (mot repris par ses répétiteurs comme ceux en italiques gras qui suivent) dû à ce qu’il regroupe étonnamment sous l’étiquette apparemment savante « d’une question de méthode » :

- 1/ D’abord « une tonalité polémique » : or le préfacier de mon livre (p.8) trouve que d’avoir placé les citations les plus osées en fin d’ouvrage (annexe 1) atteste de mes « intentions iréniques ». Beaucoup de lecteurs n’ont pas trouvé de polémique. Tout dépend sans doute d’où l’on se place. Une susceptibilité qui devance celle même des musulmans ne peut évidemment supporter toute distance critique et toute affirmation des différences. La vraie critique sous jacente mais inavouée, c’est que je ne fais pas de gentillesses aux musulmans. La fin de mon introduction rappelait pourtant bien (p.23-24) que « le dialogue sur le plan doctrinal ne préjuge en rien de la qualité des personnes ». Tout intellectuel doit savoir que si l’affectif domine, on ne peut plus travailler, particulièrement avec l’islam. Délibérément mon livre n’a pas pris le relationnel comme sujet mais la doctrine. On ne peut pas tout traiter, même si, trop facilement, l’auteur me le reproche encore ici ou là, comme sur le soufisme (p.74) et le libre arbitre (p.94) si complexe dans les écoles juridiques islamiques.

- 2/ « Les citations sorties de leur contexte ». L’usage avéré est que jamais on ne donne le contexte des citations sauf si, dans un cas précis, il y a problème. S’il fallait chaque fois resituer dans le contexte, il faudrait infliger au lecteur deux à trois fois plus de texte inintéressant. Mon censeur lui-même me cite hors contexte ! Il me cite même à contresens, comme négatif par rapport à l’islam, quand il s’agit des propos de psychiatres sur le refoulement énergique de la part féminine dans les sociétés arabo-musulmanes (p.68 : « le mal est profond »), propos non dirigés expressément contre l’islam en lui-même par ces auteurs musulmans. Si la moindre critique est irrecevable, on perd la liberté de travailler, ce qui est grave et qui nous empêche alors de parler de l’islam autrement qu’avec la langue de bois. En fait mes citations le gênent, même si elles viennent de musulmans modernisants (alors qu’il faudrait plutôt encourager ces derniers !). Pour mes citations de Jean-Paul II, l’auteur les trouve typiques de ce travers. Je cite trois fois ce pape dans des contextes différents et l’auteur ne donne pas à quelles citations cela s’applique et en quoi l’absence de l’ensemble de la pensée du pape invalide mes citations. Pure affirmation. Quant aux citations sur la position du théologien Claude Geffré, l’auteur, par deux fois y revient, en me suspectant de l’avoir déformée. Il connaît mal la position de C.Geffré à qui j’ai présenté les dites citations un mois avant la parution de mon livre. Je possède sa réponse amicale et intelligente convenant qu’en effet nous avons le droit de ne pas être d’accord et que malheureusement il y a peu de gens à travailler sur ce domaine doctrinal. Il ne s’est pas senti déformé, et n’a pas ressenti le besoin d’en développer plus la problématique ni le contexte, ce que me réclame donc à tort H. de La Hougue. Et quand ce dernier continue en citant Paul VI : « Une foi commune au Dieu unique » et le commente comme une démarche commune avec les musulmans, le contexte justement peut-il nous faire penser que Paul VI croyait au même Dieu que les musulmans ignorant l’Alliance biblique et l’Incarnation ?! Comment celui qui me fait la leçon peut-il nous laisser dans une telle ambiguïté affectionnée, comme il affectionne l’expression ambiguë de « même Dieu » par laquelle il conclue sa recension ! N’est-ce pas justement le rôle des théologiens que de déjouer les pièges et les ambiguïtés au lieu de les entretenir ! Les papes qu’il cite parlent du Dieu unique, ou du seul Dieu mais pas du même Dieu.

- 3/ « La révélation coranique n’est pas expliquée dans une logique musulmane …mais à partir de la conception chrétienne…Peu de musulmans s’y retrouveront ». Cette affirmation générale et sans appui est contredite massivement par l’ensemble de mon livre qui fait justement la clarification approfondie des doctrines islamique et chrétienne, en particulier dans la deuxième partie. Et aucun musulman, à ma connaissance, n’a prétendu ne pas y retrouver sa foi. D’ailleurs l’Ecole Cathédrale avait demandé, après l’obtention de l’Imprimatur pour la doctrine catholique de mon livre, le rapport favorable d’un bon islamologue, et l’a obtenu. Cet islamologue de renommée internationale n’a pas relevé ce genre de confusion. Cette allégation est vraiment mal dite et veut peut-être mettre en cause ma pédagogie de faire des allers-retours fréquents entre islam et christianisme pour bien montrer la portée des affirmations posées. Ainsi lorsqu’en présentant la transcendance islamique de Dieu je pose la question : « Quelle autonomie du créé, quelle altérité est possible » (p.93. 95.96), cette question est posée aussi par le musulman modernisant Abdennour Bidar dans le journal La Croix du 15-16 décembre 2007 p.14 : « L’islam aurait dû prendre garde qu’en éloignant Dieu à ce point de transcendance, on risque de le réduire à un maître qui ordonne…Il y a là un verrou théologique redoutable que nous, musulmans, avons la responsabilité de faire sauter ». Il est utile de le dire là pour mesurer la portée de ce dogme, y compris pour les musulmans qui, comme, Dalil Boubakeur, affirmait aussi récemment que « L’islam est un monothéisme intransigeant ». H. de La Hougue pourra trouver cela désobligeant pour les musulmans, mais c’est l’islam tel quel et non rêvé par des chrétiens qui ne supportent pas que l’islam les éloignent de leurs vues chrétiennes. Pour lui, citer le Coran 3,85 (« Qui veut un autre culte que l’islam est rejeté ») et 48,28 (« L’islam doit supplanter toutes les autres religions ») est irrecevable et, en me citant dans sa recension de la page 95, il tronque ma phrase en omettant ces références qui montrent clairement que c’est le Coran lui-même qui parle ainsi, et ces versets sont tardifs et non abrogés. Il ne veut même pas voir le Coran.

- 4/ Manque de « nuances » : il me reproche le lien entre les attentats de Londres (p.73) et le refus naïf de critiquer l’islam, lien qu’il dit « sans nuances » et non prouvé, alors que je rappelle les graves négligences avérées et notoires de l’administration britannique sur le Londonistan, et son mutisme très remarquable. Cette manière de ne pas vouloir voir est confondante de naïveté.

- 5/ Il me reproche de ne pas voir le lien des qualités d’accueil et d’hospitalité avec la doctrine islamique (qu’il serait bien en peine d’expliciter). En réalité, ces qualités tout à fait réelles ne sont pas liées à l’islam mais sont culturelles à tout l’Orient, musulman ou non, et depuis longtemps ; c’est pourquoi je ne les ai pas mises comme caractéristique d’une cohérence. Par exemple, l’hospitalité d’Abraham à ses trois visiteurs est développée dans la Bible (Gn 18,3-9) mais non dans le Coran très laconique (11,69 ; 15,51 ; 51,26-27).

- 6/ Il me reproche une conception catholique récente de la révélation. Que la Révélation du Christ nous ouvre à la participation à la Vie divine n’est pas récent : 2e lettre de Pierre 1,4 ! Et cela n’a rien à voir avec le Dieu « impénétrable » (sourate 112,2) du Coran (p.96). Tous les islamologues savent très bien qu’en islam Dieu ne révèle pas son Mystère : il n’y a sûrement pas de régime de communion avec Lui, n’en déplaise aux chrétiens qui voudraient voir l’islam à leurs vues chrétiennes. Comment notre censeur peut-il ignorer tout cela ?

- 7/ Il me reproche de ne pas « regarder avec une haute estime la foi des musulmans ». Vatican II « regarde aussi avec estime les musulmans » (Nostra aetate §3) mais ne considère pas leur doctrine, sauf dans « ce qui est vrai et saint dans ces religions…qui apportent souvent un rayon de vérité » (§2). Il note, sans commentaire qui exigerait de très nombreuses nuances pour le coup, leur foi au Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur, qui a parlé aux hommes, et les jugera ressuscités. Ici, tous les mots ont un autre sens en islam et christianisme. Tout théologien doit le savoir. Là encore le déséquilibre entre l’affectif pour les personnes et la liberté d’appréciation sur le chemin de ces personnes signe chez notre censeur une position délibérément naïve, peu lucide et manquant de liberté. C’est souvent ce qui arrive avec les musulmans : leur gentillesse et leur manque grave de liberté nous enlèvent notre propre liberté à nous. Nous devons les aider à acquérir cette liberté. Alors le dialogue sera effectif et profond : vrai.

François Jourdan.


[1] François Jourdan, docteur en théologie, en histoire des religions et en anthropologie, est prêtre eudiste, délégué du diocèse de Paris pour les relations avec l’islam, il enseigne à l’École Cathédrale et l’Institut d’Études Religieuses de l’Institut Catholique de Paris. Il est l’auteur de La Tradition des Sept Dormants : une rencontre entre chrétiens et musulmans, Maisonneuve et Larose, Paris, 1983 [2001].

[2] Jean Paul II, durant l’audience générale du 9 septembre 1998 rappelle à propos du travail de l’Esprit Saint dans les autres religions : « Il faut tout d’abord avoir à l’esprit que toute recherche de l’esprit humain dans le sens de la vérité et du bien, et en ultime analyse de Dieu, est suscitée par l’Esprit Saint. C’est précisément de l’ouverture primordiale de l’homme à l’égard de Dieu que naissent les diverses religions. A leur origine, on trouve fréquemment des fondateurs qui ont réalisé, avec l’aide de l’Esprit de Dieu, une expérience religieuse plus profonde. Transmise aux autres, cette expérience a pris forme dans les doctrines, dans les rites et dans les préceptes des diverses religions »

[3] Paul VI aux communautés islamiques de l’Ouganda, le 1er Aout 1969, puis au nouvel ambassadeur du Pakistan, le 18 septembre 1969.

[4] Jean-Paul II aux communautés de l’État de Kaduna (Nigeria), le 14 février 1982.

Source : http://www.gric.asso.fr/spip.php?article160


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